Hervé Keromnès

Hôpital-Camfrout, le 22 septembre 1895 - Bad Kreuznach (Allemagne), le 12 février 1919. Le jeune séminariste qui ne revint pas d'Allemagne

Hervé Kéromnès est le fils ainé de Marie-Anne Jacq (1871-1942), ménagère à l’Hôpital-Camfrout et d’Hervé Kéromnès (1869-1939), marin. Son frère cadet, Jean-Sébastien, décède à l’age de deux ans, sa sœur Anne-Marie à un an. Deux autres frères naissent par la suite, Yves et Jean-Marie (1902, 1904), puis François, né en 1914, qui ne vit que deux ans.

Lorsque la guerre éclate, Hervé Kéromnès étudie au petit Séminaire Saint-Vincent de Pont-Croix, temporairement déplacé à Quimper. Mobilisé en 1916, il est réformé au service auxiliaire en raison de palpitations. Incorporé au 3è RI le 21 août 1916, il passe au 17è RA en octobre, puis au 27è RA en mars 1917 et enfin au 13è RA de campagne en mars 1918.
En janvier 1919, il est mis en subsistance au 37è bataillon du 176è RA, puis au 19è RI.
Atteint par la grippe, il décède à l’hôpital de Kreuznach le 12 février 1919, à l’âge de 23 ans.

 

Correspondance entre les séminaristes au front

Du front, il correspond avec ses amis du Séminaire.

Noce bretonne au pays de Cornouailles, cartes postale adressée par L. Amiel.

Noce bretonne au pays de Cornouailles, cartes postale adressée par L. Amiel.

 

L. Amiel lui écrit : […]  » Pour le moment je suis en ligne dans un secteur très calme. C’est pour nous permettre de nous reposer du court mais fort mauvais moment que nous venons de passer en Belgique. j’ai eu le bonheur de m’en sortir  Dieu soit loué. Le régiment a laissé beaucoup d’hommes et trois prêtres-soldats » […]

Carte postale du 23 juin.

 

 

 

Le Supérieur du Séminaire, P. Messager, fait régulièrement état des lettres reçues de ses séminaristes mobilisés. Ainsi, d’Hervé Kéromnès, il mentionne les lettres de l’arrière des 22 novembre 1916, 30 avril 1917, 2 et 27 août 1917, 25 octobre 1917.

Le 24 octobre 1917, le Supérieur déplore : « Au Grand Séminaire ! – Que dire de nous ? Nous avons dû «mobiliser» nous-mêmes, et envoyer au secours de nos cinq collèges libres, 15 Séminaristes, dont l’autorité militaire n’avait pas voulu, ou qu’elle nous avait rendus mutilés, et il nous reste exactement 21 Séminaristes au Séminaire : 1 sous diacre, 2 minorés, 5 tonsurés, 13 philosophes […] Si la guerre doit durer encore, et humainement on n’en voit pas la fin, il nous restera à peine une demi douzaine de Séminaristes pour terminer l’année. »

 

Rennes, le nouveau jardin du Thabor, carte postale adressée par J. Le Gall

Rennes, le nouveau jardin du Thabor, carte postale adressée par J. Le Gall

 

 » Kerascoët, le 2 août 1918. Mon cher Hervé, As-tu su que tous les admissibles de Saint Vincent ont été reçus à l’oral; encore n’est ce pas sans distinction […]. Bientôt la classe 20 va être mobilisée, ce sera mon tour. Alors les boches auront fort à faire !!… Tout à toi.  J. Le Gall « 

 

Durant le conflit, les jeunes prêtres-soldats reviennent périodiquement étudier au séminaire. Hervé Kéromnès y fait un passage courant janvier 1918.

Cartes postale représentant un assaut de l'armée Russe, adressée par Yves Kéromnès à son frère.

Cartes postale représentant un assaut de l’armée Russe, adressée par Yves Kéromnès à son frère.

 

« Peut-être seras tu en même temps que nous à la maison, Ton frère qui t’embrasse. « , lui écrit dans sa carte Yves, son jeune frère, le 16 décembre 1917.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bombardements de Paris, 1918

En mars 1918, les allemands bombardent Paris, notamment avec la célèbre « grosse Bertha ».

Le 25 mars, du Séminaire, le Supérieur fait part d’une nouvelle lettre reçue : « M. Kéromnès me raconte le raid d’avions sur Paris : « Figurez-vous qu’en se retournant, un de ces avions s’est avisé de bombarder notre demeure. Il nous a lancé deux bombes qui sont tombées à 25 mètres de la maison, creusant deux profonds entonnoirs et brisant toutes les vitres d’un côté du bâtiment. Et dire que cela ne nous a nullement dérangés dans notre sommeil, ni M. Quillévéré, ni moi ! … »

 

L’occupation du territoire allemand après la guerre

Après l’armistice du 11 novembre 1918, la France récupère l’Alsace et la Lorraine. Les troupes alliées sont chargées d’occuper les zones ennemies, cette occupation durera au delà du traité de Versailles (29 juin 1919). Ainsi, plusieurs divisions, dont celle d’Hervé Kéromnès et de certains ses amis, demeurent mobilisées.

Le 27 janvier 1919, à la lecture des lettres de ses prêtres-soldats, le Supérieur déclare encore « Je ne sais pas aujourd’hui vous redire les impressions de ces chers Amis, et vous me le pardonnerez. Tous aspirent à un prompt retour [… ]. »

 

Metz. Un général français entouré de Lorraines, carte postale adressée par Gourmelen le 01/01/1919

Metz. Un général français entouré de Lorraines, carte postale adressée par Gourmelen le 01/01/1919

«  Le 1. 1. 1919. Mon cher Hervé,

Reçois mes souhaits de bonne et heureuse année. Espérons que l’année 1919 nous permettra de nous retrouver au Séminaire loin du quel nous sommes retenus depuis de si longs jours! Nous sommes toujours à Ludwigshafen en face de Mannheim. Nos pièces sont en position sur le bord du Rhin. Nous nous plaisons bien en Bochie mais sommes privés de tout secours religieux aussi vivement notre retour en France. Bien à toi en NS.

Gourmelen, Mal des Logis au 277 RAC 42è, Bn SP200 « 

[J.-L. Gourmelen est séminariste, classe 1918]

 

 

Hervé Kéromnès se trouve également en Allemagne depuis quelques mois : » Kreuznach, mardi 31/12/18. Bien chers Parents, un mot seulement. Nous arrivions hier soir en gare, et ce matin nous débarquons notre matériel. La chère France où est-elle? J’en ai la nostalgie. Enfin je crois que nous ne serons pas trop mal. La ville a environ 25 000 habitants et est en majorité catholique. Il y a trois ou 4 églises. Je viens de voir se promener par là des soldats du 2è Colonial, régiment de Brest. Le nom de l’Aumônier que j’ai vu affiché à une église me parait breton (il s’appelle Le Roy). Je vais tacher de le voir avant ce soir. Les boches ne sont nullement sympathiques et nous ne comprenons rien à leur langage. Ce qui les a forcés à se rendre c’est je crois le manque de vivres; les enfants courent après nous pour nous demander à manger; A bientôt. Union de prières. Hervé secteur 34 « 

 

« Kreuznach, le 20 janvier 1919. Bien chers Parents, Je profite de mon séjour en Allemagne pour faire quelques voyages et visiter la superbe vallée du Rhin. A l’instant (il est 20 heures) je rentre de Coblentz. De Coblentz je suis allé jusqu’à Ems la ville où Bismarck falsifia la fameuse dépêche qui fut cause de la guerre de 1870. En rentrant j’ai trouvé votre lettre sur mon bureau : merci de toutes les nouvelles. Ici cela va toujours bien : Roy est parti aujourd’hui pour Nancy se faire démobiliser. Le capitaine est en permission, je deviens l’ancien du bureau. Au revoir union de prières, Hervé. »

 

Frankfurt. Cartes postale adressée par François-Marie Lapous le 11/01/1919

Frankfurt. Cartes postale adressée par François-Marie Lapous le 11/01/1919

 

 » FM Lapous, coopérative divisionnaire, secteur 206 Holheim, le 11 janvier 1919.
Bien cher ami, J’ai reçu ta carte avec le plus grand plaisir. La division part demain dans la direction de Nancy. Encore 200 Km à faire et à pince. Peut-être passerai-je à Kreuznac’k. A présent je suis cuisinier des sergents de l’état major. C’est le filon, mais il y a beaucoup de travail. « 

Carte postale adressée à Hervé Kéromnès.

 

 

 

 

Ravages de la grippe espagnole, 1918

Le 25 février 1919, du Séminaire :

« J’ai l’amère tristesse de vous annoncer que nous avons encore perdu un de nos Séminaristes-soldats, M. Hervé Kéromnès, clerc tonsuré, de l’Hôpital-Camfrout. Entré au Séminaire en Octobre 1915, M. Kéromnès avait été mobilisé en Août 1916 et affecté, comme secrétaire, à un parc d’artillerie. La Providence l’avait gardé loin du danger pendant tout le cours des hostilités, et il ne cessait de l’en remercier.

Quand survint l’armistice, le détachement dont il faisait partie-fut appelé à l’avant, et à la fin de l’année 1918, notre cher confrère se trouvait sur la terre d’Allemagne, à quelques kilomètres de Mayence. C’est là que la grippe est venue le frapper. Envoyé à l’hôpital de Kreusnach, dans les premiers jours de Février 1919, il y est mort le 12 du même mois. Je n’ai aucun détail sur ses derniers moments, mais je le connaissais assez pour être certain que, sur son lit d’hôpital et en présence de la mort, ce cher ami a été ce qu’il n’a jamais cessé d’être durant toute sa vie, un modèle de piété et d’abandon à la sainte volonté de Dieu. »

En avril : « M. Le Cann  me raconte seulement le « pèlerinage » qu’il a voulu faire à Kreusnac’h sur la tombe de M. Keromnès. « Le hasard m’a ensuite conduit précisément dans l’église où il venait lui-même assister aux offices. Il y était avantageusement connu du Curé de l’endroit, qui ne tarissait pas d’éloges à son sujet. Il m’a été doux de recueillir de la bouche  d’un étranger, d’un Allemand, un si vif éloge de nos Séminaristes, et je me suis fait un devoir de vous le signaler (…) »

Hervé Kéromnès fut enterré à Kreuznach, au cimetière français (französischer friedhof), tombe n°52.

 

Lire l’intégralité de la correspondance reçue du soldat, du 18 février 1915 au 16 octobre 1920

 

Distinctions

Mort pour la France

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  • Cote Archives municipales de Landerneau : 1NUM010

 

Liens

« Lettres de guerre 1915-1919 ». Ouvrage collectif. Editions A. de Kerangal, Quimper.

Archives du Diocèse de Quimper

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